
Je ne sais pas exactement quand ça s'est produit. Il y a encore un an, je reprenais (après des semaines d'hésitations bouillonnantes et enragées) ma boulangère qui me disait "tiens, voici ta monnaie" alors que nous n'avions absolument pas gardé les cochons ensemble, aussi loin que je m'en souvienne. Et je la reprenais le lendemain aussi, parce qu'entre temps elle avait oublié. Ou elle voulait me faire chier.
Il y a un an, le vigile me suivait d'un air méfiant à Monoprix, et lorsque je rentrais dans une boutique les vendeuses m'interpellaient d'un "tu cherches quelque chose de précis?" familier qui me faisait immédiatement reposer tous mes articles dans un accès de fureur, et sortir outrée du magasin. Pour qui me prenaient t'elles? Nous ne nous connaissions ni d'Eve ni d'Adam, et elle supposait à mon visage que je ne méritais pas le vouvoiement que pourtant ses supérieurs avaient bien du lui dire d'utiliser systématiquement avec le client.
Il y a un an, les mères disaient à leurs enfants de remercier la jeune fille lorsque je leur tenais poliment la porte (sauf dans le métro bien sûr, où là elles les encourageaient vivement à marcher violement sur les pieds de la jeune fille. Implicitement, j'entends). Quand je me trouvais pour des raisons quelconques à l'intérieur d'un établissement scolaire, en me voyant passer les professeurs dans les couloirs me criaient que le cours de math des troisièmes avait commencé depuis une demi heure et que je ferais bien de me dépêcher si je ne voulais pas avoir un mot sur mon carnet.
J'avais pourtant chez moi tout un tas de papier qui prouvaient qu'officiellement, j'étais une adulte, avec une vraie carte de sécu, et d'électeur, et même bancaire d'abord. Je le méritais ce putain de "vous" qui devait enfin faire éclater à la face du monde que je n'étais plus une gamine acnéique, que j'avais passé avec brio la période pourrie de l'adolescence, que j'y avais survécu en gardant la tête hors de l'eau et que plus personne ne pourrait me regarder de haut en profitant arbitrairement de la longueur d'avance que lui conférait mon age. Mais ça n'a rien changé, mon physique et ma façon d'être jouant sûrement en ma défaveur, les papiers officiels ont eu beau faire, je suis restée la gentille jeune fille qu'on tutoie parce qu'elle est inoffensive, inconsistante.
Et puis aujourd'hui, dans une salle d'attente, alors que j'étais plongée dans la lecture d'un livre incompréhensible, la personne en face de moi m'a tirée de mes réflexions d'un "excusez moi madame, est ce que je peux vous demander un renseignement?". Surprise, j'ai répondu, puis réfléchis. Et je me suis rappelé qu'il y a une semaine, alors que j'entrais dans une boutique avec un ami, la vendeuse nous a salué d'un "messieurs dames" sérieux et, oserais je dire, respectueux. Le genre de "messieurs dames" que l'on lance à un couple dont l'on décèle à prime abord le pouvoir d'achat, et qui rentre alors immédiatement dans la catégorie "vrai client" des petites cases prédéfinies dans la tête du vendeur avisé. Le premier critère à prendre en compte, c'est l'age qu'ils paraissent, bien évidemment.
Je me suis souvenue qu'il y a un mois, un de mes anciens professeurs de collège rencontré par hasard m'a vouvoyée, ce qu'elle ne faisait évidemment pas lorsque j'étais son élève.
Je me suis souvenue qu'il y a 4 mois, le livreur de la poste m'a dit "veuillez signer là madame, s'il vous plait". Que le serveur du restaurant ma demandé d'entrer mon code de carte bancaire, "s'il vous plait madame". Que l'autre jour, dans une boutique alors que je tenais la porte, la mère a demandé à son enfant de remercier la dame. Je suis devenue madame.
Mais il y a un an, j'étais fiancée, mon premier enfant était programmé, je savais à quel métier je me destinais, mon acharnement aux études me garantissait la réussite, ma vie était toute tracée, bien droite, et mon destin clairement défini. J'étais une adulte, j'étais une Grande, et j'agitais à la gueule du monde ma personnalité marquée et récemment dépliée, fière d'avoir passé un cap et de savoir clairement ou j'allais. Aujourd'hui je regarde bêtement ce qui se présente devant moi sans trop savoir dans quelle voie m'engager, sans oser faire un pas, avancer de quelques millimètres, de peur de faire des erreurs et de tomber. J'ai abandonné avant de le construire le foyer que j'avais prévu, je délaisse mes études parce que je n'en vois plus le but. Toutes mes belles certitudes, mes fiertés, se sont cassées entre temps et je me sens toute petite.
Alors aujourd'hui, quand j'entends quelqu'un dire "madame", je ne peux pas m'empêcher de me retourner pour regarder derrière moi.
Je vous en prie, tutoyez moi.
Bref de toute manière on devient adulte quand on le décide et quand on est prêt.. Enfin c'est mon avis ^^
a+ :)
cmt vou vou la raconté madame jvoudré pa dire mé qd mém...
repoz ca ta volé koi encor.???
als tu prefer koi??lol
De toute façon, n'est pas mal cette age où nous sommes au limite entre la jeunesse et la vieillesse.
J'ai beaucoup aimer cette article, j'espére qu'il y'en aura d'autre je les attends avec impatience. Bisous