La France, c'est nul. Bon, on va pas polémiquer la dessus, c'est mon blog, et ici on prendra ça comme un acquis. Comprenez moi, je ne dis pas qu'on aurait pas pu tomber plus mal, c'est évident. La plupart d'entre nous ont un toit au dessus de leurs têtes l'hiver, de quoi se nourrir, on n'est pas en guerre, on vote au suffrage universel et ils passent "Joséphine ange gardien" régulièrement sur la 2. Mais la France a une particularité bien caractéristique, celle de vouloir péter plus haut qu'elle est percée. Bien plus haut. Et ça m'insupporte. C'est sans doute mon côté contrariant, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'une tour Eiffel et la déclaration des droits de l'homme, ça ne suffit pas pour se sentir orgueilleux pendants les 10 siècles à venir. Evidemment, je résume, mais l'idée principale, c'est ça quand même. Mais ce n'est pas entièrement notre faute, le regard qu'ont les autres pays sur nous nous enfonce dans notre suffisance. D'ailleurs, ce post n'a pas réellement grand chose à voir avec tout ce que j'ai écris au dessus, puisque je veux vous parler de Tina Arena. Bon, là comme ça le rapport n'est pas évident (sauf pour les personnes qui me connaissent bien), mais j'y viendrai.
Aux yeux du monde, la France est une nation culturelle, romantique, attirante. Bon, culturelle, j'accepte (surtout avec "Joséphine ange gardien", vous pensez bien). Romantique, si vraiment les jeunes mariés ont rêvé toute leur vie de claquer l'argent qu'ils avaient économisé pour leur future maison dans une lune de miel en France afin de bouffer un croque monsieur à 90 euros en haut d'une tour en ferraille d'où il distingueront admirablement, au travers des grillages anti-suicides, les fumées roses qui s'échappent des usines alentours, c'est leur droit. Tant pis, il la prendront un peu plus petite la maison, avec une chambre en moins, après tout un croque monsieur français ça mérite bien de faire que deux enfants au lieu de trois, hein. Mais un pays attirant, là j'ai du mal à comprendre. Moi quand je rencontre une colombienne, une espagnole, une américaine, etc, qui me disent que la France c'est tout simplement formidable et merveilleux, j'ai honte. Je me dis qu'il doit y avoir un gros mensonge quelque part, quelqu'un qui a lancé une opération marketing foireuse sur l'image de la France, ou tout simplement un malentendu latent entre l'intérieur et l'extérieur du pays, et j'ai l'impression d'être une escroquerie. Au début, je me sentais détentrice d'un lourd fardeau jusqu'a ce que je leur aie démontré qu'elles se trompaient, qu'ici tout n'était pas rose, au contraire, et que la France compensait largement par ses travers l'image dorée qu'elle reflétait sur la planète. Mais maintenant j'ai appris à me rendre compte que c'était peut être égoïste de ma part, parce qu'en soulageant ma conscience je changeais leurs utopies en amertume, et ça ne servait pas à grand chose finalement.
Et puis, il y a un cas ou cette image de la France me ravi: quand j'entend chanter Tina Arena. Fille spirituelle de Yuri Buenaventura, le colombien qui écorchait fièrement Jacques Brel avec un entrain délirant il y a quelques années (oui, je sais, c'est pas beau de se moquer, mais que celui qui n'a pas sourit en entendant pour la première fois "Né mé quittééé paas, moi yé t'offrirai, des perlé dé ploui, benou dé pays, où il né plé pas" me jette la première pierre). Elle fait partie de ces gens qui, sûrement en raison d'une réelle incapacité physique (parce que je ne vois pas d'autre explication, vu la volonté déployée), ont beau chanter depuis des années en français, n'arriveront jamais à éliminer cet accent qui rend leur propos incompréhensible. Pourtant, Tina Arena, personne ne peut citer une de ses chansons en anglais, parce qu'elle choisi délibérément de chanter en français. Le français, langue si belle, représentative de ce pays si attirant, bla bla bla et bla. Bon, au départ on ne s'était pas doutés, quand elle avait ouvert la coupe du monde de foot 98 en chantant Aller plus haut, parce que cette phrase était à peu près les seules paroles que comportait la chanson et que de toutes façons le son "o" se prononce "o" en anglais aussi, alors c'était pas très dur. Certes, il partait bien en "owwoowwww" à la fin dans les aigus, mais c'était agréable, exotique, sympa.
Elle aurait pu s'arrêter là, se dire qu'elle avait réalisé son rêve de chanter en français, rendu l'hommage qu'elle souhaitait à la langue de Molière, et que maintenant c'était bon elle pouvait revenir a Shakespeare sans regrets. Mais non. Des années plus tard, elle est revenue enceinte jusqu'aux yeux nous hurler dans les oreilles qu' Aimer jusqu'à l'impossible, c'est possible. Là, elle a commencé par nous montrer tout d'abord qu'elle ne savait pas ce qu'elle chantait: premièrement, sur un plateau télé quand sa chanson est finie, elle répond aux questions du présentateur en anglais; c'est louche. Ensuite, "aimer jusqu'à l'impossible c'est possible", ça veut rien dire. Qui chanterait ça en comprenant les paroles? Bon, Amel Bent aurait pu le faire. Mais c'est un cas extrême, quand même.
Et, enfin, en 2006, Tina met le coup de grâce avec sa chanson "à texte", Bagdad. On voit a ce moment là encore plus clairement que jamais que, chanter en français, ça lui tient vraiment à coeur. Là il ne s'agit plus de seriner un petit refrain entêtant sans trop de sens, non non, c'est une vraie chanson, pour laquelle elle a même visiblement fait appel à un vrai parolier. Elle veut s'exprimer sur un sujet sérieux, faire passer son message, sortir de la catégorie des artistes de variété où elle s'est enfermée pour montrer qu'elle aussi, elle peut être aussi incisive que Florent Pagny (ben oui "vous n'aurez pas ma liberté de pensée", ça c'est des paroles engagées). Et là, elle prend son souffle, ouvre la bouche pour pousser son cri révolutionnaire, et ... personne ne comprend. Au début on se dit "tiens, Tina s'est mise au créole, c'est original", et puis "ah non merde c'est du français, ben vu le titre de la chanson ça à l'air sérieux je vais me concentrer" et on fronce les sourcils, mais rien n'y fait, on chope difficilement deux ou trois mots par ci par là. Jusqu'a l'apogée de la chanson, où elle hurle qu'elle s'apelle Badgaaaaaaaa aaa aaad et qu'elle est tombée, et là on est franchement soulagés d'avoir une phrase entière. Mais le bonheur est de courte durée, parce qu'aussitôt on apprend qu'elle est tombée sous le feu des... Flammes? Blindés? Drames ? (j'encourage vivement toute personne possédant un avis sur la question à m'en faire part, car les opinions divergent croyez moi, j'ai commencé mon enquête voici plusieurs mois). Et puis le couplet reprend, et là on nage à nouveau, jusqu'a ce qu'on se résigne.
Ce que je ne comprends pas, c'est comment elle peut encore ignorer que le français, vraiment, c'est pas fait pour elle. Forcement en écoutant l'album, y a un de ses producteurs qui a du dire "heu, ecoute Tina, c'est pas qu'on aime pas hein, loin de là, mais là vraiment, ça va pas être possible". Ou un fan a la sortie d'un concert "Aaah j'adore ce que vous faites, j'ai tous vos disques, vous êtes le sens de ma vie, j'aimerais tant pouvoir comprendre ce que vous dites dans vos chansons!". Ou ses amis a une soirée avant la sortie de l'album "Aah ah, sacrée Tina, elle nous a bien faire rire la maquette de l'album que tu nous a envoyée où on comprenait rien. Maintenant c'est bon, envoie la bonne version, allez!". C'est impossible qu'elle l'ignore encore.
Toujours est il que moi, Tina Arena, elle ensoleille ma journée à chaque fois que je l'entend. C'est rare, parce que je vais pas aller jusqu'a télécharger la chanson ou pire, acheter son album, mais lorsque "Bagdad" passe dans une boutique, j'y reste jusqu'aux dernières notes même si mes courses sont finies. Et je ne peux pas m'empêcher de rire, parce que même à la dixième écoute, c'est toujours incompréhensible et pour un peu je me ferais pipi dessus. Mais en même temps je l'admire et la respecte: malgré tout, elle continue. Personne (ou de rares privilégiés) ne sait ce qu'elle a voulu dire, et il existe même sûrement en France d'autres gens qui comme moi pleurent d'hilarité dès qu'ils entendent les premières notes. Mais elle ne se laisse pas démonter, elle veut chanter en français, parce que le français c'est beau, la France c'est bien, alors elle nous emmerde.
A quand son prochain album "les chaussettes de l'archi duchesse sont elles sèches, archi sèches" ?
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