Présentation

Mardi 9 janvier 2007

  Ca y est ça me reprend, je sèche. Mon enthousiasme aura été de courte durée, me direz vous. Impossible de trouver un sujet précis sur lequel écrire ; mais en revanche, je commence à clairement définir les sujets sur lesquels je n’écrirai pas. Par exemple, la nouvelle année et la coutume de la souhaiter à ses semblables. J’ai parcouru pas mal de blogs dernièrement, surfant vaguement au gré des liens, et TOUS évoquent la nouvelle année. Et tous critiquent le fait de la souhaiter à qui mieux mieux, comment si tout le monde haïssait cette période et ces us stupides qui sont les nôtres (heu… j’ai vraiment employé naturellement le mot « us » là ? Ouahou, j’ai des ressources cachées). Chacun y va bien sûr de son explication personnelle pour justifier son mépris, l’un insistant sur le fait que l’année commence mal au vu des journaux télé et qu’il est donc dérisoire de la souhaiter « bonne », l’autre rageant devant l’obligation conventionnelle de ruminer un « bonne année » 100 % hypocrite à son supérieur hiérarchique abhorré. Un autre réclame même le droit de péter la gueule en décembre aux personnes qui en janvier précédent lui auraient souhaité une « bonne et heureuse année » et que malgré tout celle-ci s’est finalement avérée mauvaise.

  Alors, je m’avance peut être, et arrêtez moi si je me trompe, mais la communauté des blogueurs ne peut elle pas, comme tout groupe composé d’une importante quantité d’êtres humains particulièrement diversifiés (exemples : une cour de récréation, le personnel d’une entreprise) être considérée comme un indicateur fiable de la société en général ? Je veux dire, si tous les blogueurs, et donc sans doute par extension tout le monde, déteste l’idée de souhaiter et de s’entendre souhaiter une bonne année, pourquoi la coutume perdure t’elle ?

  Moi, personnellement, je pense qu’il y en a qui mentent. Si les blogs n’avaient pas existé, peut être n’aurait il jamais réfléchi à la question, et qu’il s’en foutent royalement du nouvel an et de ce que ça implique, mais là l’occasion de se rebeller était trop belle. En plus, après les fêtes, le foie gras et le champagne pèsent encore un moment sur notre organisme et on a pas franchement envie d’écrire, le cerveau a des bugs à répétition, impossible de trouver un sujet d’article sur lequel se pencher, on ne peut que se concentrer sur le présent et à la limite le passé et le futur très proches. Et il n’y a rien de plus proche de nous en ce moment que le mois de janvier (mais, je vous fais confiance, vous aviez sûrement remarqué). Fini le temps où l’on se réjouissait d’avoir réveillonné jusqu’à pas d’heure, d’offrir des boîtes de chocolat bon marché à notre entourage et de relire 7 fois notre liste de contacts pour être sûr de n’avoir oublié personne dans notre empressement d’adresser nos meilleurs vœux à tout être humain ayant croisé notre route de prés ou de loin pendant les dix dernières années. Les cartes de vœux, c’est has-been (à part pour de rares irréductibles qui y investissent 100 euros, mais je tairai les noms pour préserver leur intégrité). Maintenant la mode est à la mise à mort sans appel du « bonne année » de rigueur… mais tout le monde continue à le pratiquer quand même.

  Alors, la bonne année, je ne vous en parlerai pas. Parce que quand quelqu’un partage mon opinion, j’ai l’impression de ne plus avoir qu’une demi opinion.

Par Rosario Tijeras - Publié dans : rosario.tijeras
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Mardi 26 décembre 2006

  La France, c'est nul. Bon, on va pas polémiquer la dessus, c'est mon blog, et ici on prendra ça comme un acquis. Comprenez moi, je ne dis pas qu'on aurait pas pu tomber plus mal, c'est évident. La plupart d'entre nous ont un toit au dessus de leurs têtes l'hiver, de quoi se nourrir, on n'est pas en guerre, on vote au suffrage universel et ils passent "Joséphine ange gardien" régulièrement sur la 2. Mais la France a une particularité bien caractéristique, celle de vouloir péter plus haut qu'elle est percée. Bien plus haut. Et ça m'insupporte. C'est sans doute mon côté contrariant, mais je ne peux m'empêcher de penser qu'une tour Eiffel et la déclaration des droits de l'homme, ça ne suffit pas pour se sentir orgueilleux pendants les 10 siècles à venir. Evidemment, je résume, mais l'idée principale, c'est ça quand même. Mais ce n'est pas entièrement notre faute, le regard qu'ont les autres pays sur nous nous enfonce dans notre suffisance. D'ailleurs, ce post n'a pas réellement grand chose à voir avec tout ce que j'ai écris au dessus, puisque je veux vous parler de Tina Arena. Bon, là comme ça le rapport n'est pas évident (sauf pour les personnes qui me connaissent bien), mais j'y viendrai.

  Aux yeux du monde, la France est une nation culturelle, romantique, attirante. Bon, culturelle, j'accepte (surtout avec "Joséphine ange gardien", vous pensez bien). Romantique, si vraiment les jeunes mariés ont rêvé toute leur vie de claquer l'argent qu'ils avaient économisé pour leur future maison dans une lune de miel en France afin de bouffer un croque monsieur à 90 euros en haut d'une tour en ferraille d'où il distingueront admirablement, au travers des grillages anti-suicides, les fumées roses qui s'échappent des usines alentours, c'est leur droit. Tant pis, il la prendront un peu plus petite la maison, avec une chambre en moins, après tout un croque monsieur français ça mérite bien de faire que deux enfants au lieu de trois, hein. Mais un pays attirant, là j'ai du mal à comprendre. Moi quand je rencontre une colombienne, une espagnole, une américaine, etc, qui me disent que la France c'est tout simplement formidable et merveilleux, j'ai honte. Je me dis qu'il doit y avoir un gros mensonge quelque part, quelqu'un qui a lancé une opération marketing foireuse sur l'image de la France, ou tout simplement un malentendu latent entre l'intérieur et l'extérieur du pays, et j'ai l'impression d'être une escroquerie. Au début, je me sentais détentrice d'un lourd fardeau jusqu'a ce que je leur aie démontré qu'elles se trompaient, qu'ici tout n'était pas rose, au contraire, et que la France compensait largement par ses travers l'image dorée qu'elle reflétait sur la planète. Mais maintenant j'ai appris à me rendre compte que c'était peut être égoïste de ma part, parce qu'en soulageant ma conscience je changeais leurs utopies en amertume, et ça ne servait pas à grand chose finalement. 

 

  Et puis,  il y a un cas ou cette image de la France me ravi: quand j'entend chanter Tina Arena. Fille spirituelle de Yuri Buenaventura, le colombien qui écorchait fièrement Jacques Brel avec un entrain délirant il y a quelques années (oui, je sais, c'est pas beau de se moquer, mais que celui qui n'a pas sourit en entendant pour la première fois "Né mé quittééé paas, moi yé t'offrirai, des perlé dé ploui, benou dé pays, où il né plé pas" me jette la première pierre). Elle fait partie de ces gens qui, sûrement en raison d'une réelle incapacité physique (parce que je ne vois pas d'autre explication, vu la volonté déployée), ont beau chanter depuis des années en français, n'arriveront jamais à éliminer cet accent qui rend leur propos incompréhensible. Pourtant, Tina Arena, personne ne peut citer une de ses chansons en anglais, parce qu'elle choisi délibérément de chanter en français. Le français, langue si belle, représentative de ce pays si attirant, bla bla bla et bla. Bon, au départ on ne s'était pas doutés, quand elle avait ouvert la coupe du monde de foot 98 en chantant Aller plus haut, parce que cette phrase était à peu près les seules paroles que comportait la chanson et que de toutes façons le son "o" se prononce "o" en anglais aussi, alors c'était pas très dur. Certes, il partait bien en "owwoowwww" à la fin dans les aigus, mais c'était agréable, exotique, sympa.

  Elle aurait pu s'arrêter là, se dire qu'elle avait réalisé son rêve de chanter en français, rendu l'hommage qu'elle souhaitait à la langue de Molière, et que maintenant c'était bon elle pouvait revenir a Shakespeare sans regrets. Mais non. Des années plus tard, elle est revenue enceinte jusqu'aux yeux nous hurler dans les oreilles qu' Aimer jusqu'à l'impossible, c'est possible. Là, elle a commencé par nous montrer tout d'abord qu'elle ne savait pas ce qu'elle chantait: premièrement, sur un plateau télé quand sa chanson est finie, elle répond aux questions du présentateur en anglais; c'est louche. Ensuite, "aimer jusqu'à l'impossible c'est possible", ça veut rien dire. Qui chanterait ça en comprenant les paroles? Bon, Amel Bent aurait pu le faire. Mais c'est un cas extrême, quand même.

  Et, enfin, en 2006, Tina met le coup de grâce avec sa chanson "à texte", Bagdad. On voit a ce moment là encore plus clairement que jamais que, chanter en français, ça lui tient vraiment à coeur. Là il ne s'agit plus de seriner un petit refrain entêtant sans trop de sens, non non, c'est une vraie chanson, pour laquelle elle a même visiblement fait appel à un vrai parolier. Elle veut s'exprimer sur un sujet sérieux, faire passer son message, sortir de la catégorie des artistes de variété où elle s'est enfermée pour montrer qu'elle aussi, elle peut être aussi incisive que Florent Pagny (ben oui "vous n'aurez pas ma liberté de pensée", ça c'est des paroles engagées). Et là, elle prend son souffle, ouvre la bouche pour pousser son cri révolutionnaire, et ... personne ne comprend. Au début on se dit "tiens, Tina s'est mise au créole, c'est original", et puis "ah non merde c'est du français, ben vu le titre de la chanson ça à l'air sérieux je vais me concentrer" et on fronce les sourcils, mais rien n'y fait, on chope difficilement deux ou trois mots par ci par là. Jusqu'a l'apogée de la chanson, où elle hurle qu'elle s'apelle Badgaaaaaaaa aaa aaad et qu'elle est tombée, et là on est franchement soulagés d'avoir une phrase entière. Mais le bonheur est de courte durée, parce qu'aussitôt on apprend qu'elle est tombée sous le feu des... Flammes? Blindés? Drames ? (j'encourage vivement toute personne possédant un avis sur la question à m'en faire part, car les opinions divergent croyez moi, j'ai commencé mon enquête voici plusieurs mois). Et puis le couplet reprend, et là on nage à nouveau, jusqu'a ce qu'on se résigne.

  Ce que je ne comprends pas, c'est comment elle peut encore ignorer que le français, vraiment, c'est pas fait pour elle. Forcement en écoutant l'album, y a un de ses producteurs qui a du dire "heu, ecoute Tina, c'est pas qu'on aime pas hein, loin de là, mais là vraiment, ça va pas être possible". Ou un fan a la sortie d'un concert "Aaah j'adore ce que vous faites, j'ai tous vos disques, vous êtes le sens de ma vie, j'aimerais tant pouvoir comprendre ce que vous dites dans vos chansons!". Ou ses amis a une soirée avant la sortie de l'album "Aah ah, sacrée Tina, elle nous a bien faire rire la maquette de l'album que tu nous a envoyée où on comprenait rien. Maintenant c'est bon, envoie la bonne version, allez!". C'est impossible qu'elle l'ignore encore.

 

  Toujours est il que moi, Tina Arena, elle ensoleille ma journée à chaque fois que je l'entend. C'est rare, parce que je vais pas aller jusqu'a télécharger la chanson ou pire, acheter son album, mais lorsque "Bagdad" passe dans une boutique, j'y reste jusqu'aux dernières notes même si mes courses sont finies. Et je ne peux pas m'empêcher de rire, parce que même à la dixième écoute, c'est toujours incompréhensible et pour un peu je me ferais pipi dessus. Mais en même temps je l'admire et la respecte: malgré tout, elle continue. Personne (ou de rares privilégiés) ne sait ce qu'elle a voulu dire, et il existe même sûrement en France d'autres gens qui comme moi pleurent d'hilarité dès qu'ils entendent les premières notes. Mais elle ne se laisse pas démonter, elle veut chanter en français, parce que le français c'est beau, la France c'est bien, alors elle nous emmerde.

  A quand son prochain album "les chaussettes de l'archi duchesse sont elles sèches, archi sèches" ?

Par Rosario Tijeras - Publié dans : rosario.tijeras
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Mardi 26 décembre 2006

                                  

 

  Un nom qui laisse rêveur, n'est ce pas? On visualise tout de suite les plages de dolmens phalliques sous le crachin lancinant, et ça sent bon l'iode à outrance mélangé au caca de mouette. Vous en ignoriez l'existence jusqu'ici (et ne mesuriez pas votre bonheur insouciant), mais que voulez vous, tout le monde n'a pas la chance d'aller passer un noël de folie dans un recoin de la Bretagne profonde. Tout le monde n'a pas ma chance.

  C'est dans la voiture, en chemin vers cette destination paradisiaque que la race humaine toute entière m'envie, que j'ai eu un déclic. Hier encore je me lamentais mentalement sur mon sort: "Pfff, j'ai encore ouvert un blog pour rien. Ca y est, j'ai écris un article, je me suis cassé le cul pour la mise en page (oui je sais a prime abord ça se voit pas, mais je vous assure que je me suis donnée a fond), et maintenant je suis toute sèche. J'avais bien fait de prévenir dans ma présentation, parce que ça y est, je rechute, j'ai rien à dire, ce blog va encore me claquer dans les doigts sans que je puisse le ranimer". Et puis aujourd'hui, presque soudainement, les idées m'ont assaillies. Je me rappelle très bien du moment où j'en ai pris conscience: je venais d'écrire "Juanes" avec mon doigt sur la buée de la vitre arrière de la voiture (ben quoi c'est noël, je régresse, comme tout le monde) et "It only hurts when I'm breathing" passait dans le lecteur cd familial. Une ferrari rouge folle furieuse venait de nous filer une trouille monstre en voulant se rabattre de force sur la file de droite en manquant de nous rentrer dedans. Puis le conducteur, qui visiblement faisait une course avec son amie la voiture blanche de devant, a enculé à sec la limite de vitesse tout de suite après nous avoir dépassés. Mon père a fait remarquer que vu sa voiture, même si il se prenait 200 euros d'amende ça ne ferait pas un trou suffisant dans son budget pour que ça le marque plus que ça d'avoir enfreint la loi et qu'il mesure les conséquences de ses actes, et je me suis dit qu'il avait raison. Le mec est même pleinement conscient qu'il peut se faire arrêter à n'importe quel moment, mais il s'en bat les steaks autant que de la sortie du premier album de Cyril Paulus (mais ça, tout le monde s'en branle. Enfin pas moi, moi ça m'inquiète, mais on en parlera plus tard, là c'est pas le sujet, arrêtez de me déconcentrer) parce que pour lui, c'est comme se payer un ciné, ou un opéra: il accepte de mettre de l'argent dans sa distraction, pour sa jouissance. Et il peut, à n'importe quel moment, rentrer de plein fouet dans une voiture qui a eu le malheur de vouloir partager l'autoroute avec lui pendant qu'il s'amusait. Peut être qu'une législation où les amendes seraient calculées en fonction des revenus de la personne pénalisée permettrait d'éviter un peu plus ce genre de comportements. Apres tout, quand on puni un élève de terminale, on ne lui demande pas de copier dix fois "je ne dois pas rendre mon devoir en retard" comme à un cp, mais on lui donne une dissertation sur l'existentialisme à faire pour le lendemain, parce que sinon on ne va pas le faire chier du tout et il nous rira au nez. Si la punition n'est pas a la mesure des moyens du coupable, le degré de gravité de la transgression varie selon les personnes, et c'est peut être ça la vrai injustice et le vrai danger après tout. Enfin moi, ce que j'en dis...

  Bref, toujours est il que je me suis soudain surprise à rédiger mentalement des articles, et à y prendre du plaisir. J'avais envie d'écrire sur tout un tas de choses différentes, et, je vous l'accorde, inintéressantes en soi. Mais je me suis dit qu'après tout, j'allais les écrire quand même, que c'était le but d'un blog finalement, et que si mes articles ne plaisaient qu'à moi, ben au moins ils plairaient déjà à quelqu'un.

  Bon, évidemment, depuis j'ai oublié les idées qui m'étaient venues. Un peu à cause du brun aux yeux bleu de la citroën à notre droite dans la file du péage, qui n'arrêtait pas de sourire. J'adore les gens qui sourient, je ne peux pas m'empêcher de leur sourire à mon tour. J'essaie d'éviter pourtant, certains mecs pourraient prendre ça pour de la drague, alors qu'il n'y a rien de sexuel dans un sourire. Mais, autant je fuis ventre a terre devant les inconnu(e)s qui m'adressent la parole, autant je ne peux pas résister à un sourire. Toujours est il que j'ai demandé à ma soeur qui avait demandé du poulet ( oui, en Colombie, "qui a demandé du poulet?" veut dire qu'il y a un beau mec pas loin. Et, oui, je sais, vous vous en foutez) et j'ai perdu le fils de mes pensées.

  Et puis on est arrivés en Bretagne. On se rend compte facilement qu'on y est, même sur l'autoroute, d'abord aux autocollants sur les voitures des automobilistes alentours. Les plus discrets arboreront un trisquel ou une hermine, mais généralement ils préfèrent faire dans le lourd, comme un dessin de la grosse bretonne au tablier gris qui n'a pas d'oeil (si si réfléchissez, vous voyez de quoi je veux parler je suis sure) ou un drapeau breton, ou un écriteau "fiere d'etre breton", voire " Bretagne libre!" pour les plus téméraires, ou un panneau mentionnant fièrement Breizh la-chatte-à-ta-mère (oui, par chez moi le "je-sais-pas-quoi" a été remplacé par "la-chatte-à-ta-mère". Au debut ça surprend, mais on s'habitue). Et puis aussi, on sait qu'on est en Bretagne parce que tous les ponts sont recouverts d'affiches pour le FN. Sur les toutes premières, je vous l'accorde, Le Pen a des moustaches faites au marqueur (chez moi, ceux qui mettent ses affiches la nuit à l'arrêt de bus, les gars du quartier les attrapent par le col le lendemain et les défoncent à coups de batte de baseball dans les caves de l'immeuble. A chacun son moyen de protestation). Mais plus on s'enfonce dans la Bretagne, moins les affiches sont abîmées, et lorsqu'elles n'ont même plus de cornes au côté et que ça ne nous surprendrait plus tellement d'en voir dans un joli cadre vernis avec des dorures, je sais que je peux commencer à mettre mon manteau: on est presque arrivés. On reconnaît également la Bretagne aux noms esthétiques de ses contrées: Pneumeurec, La Gerche, Kerhulcoq et autres Pontchailloux. Poésie, quand tu nous tiens...

  En tout cas tout ça m'a distraite de mes réflexions initiales sur mon blog. Mais je n'ai pas oublié le sentiment principal, la liberté soudaine qui m'a envahi quant tout a coup mon cerveau s'est délié. Alors je crois bien être capable de vous pondre des merdes inutiles encore un petit moment, et vous m'en voyez ravie.

 

 

Par Rosario Tijeras - Publié dans : rosario.tijeras
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Jeudi 21 décembre 2006

  Je ne sais pas exactement quand ça s'est produit. Il y a encore un an, je reprenais (après des semaines d'hésitations bouillonnantes et enragées) ma boulangère qui me disait "tiens, voici ta monnaie" alors que nous n'avions absolument pas gardé les cochons ensemble, aussi loin que je m'en souvienne. Et je la reprenais le lendemain aussi, parce qu'entre temps elle avait oublié. Ou elle voulait me faire chier. 

  Il y a un an, le vigile me suivait d'un air méfiant à Monoprix, et lorsque je rentrais dans une boutique les vendeuses m'interpellaient d'un "tu cherches quelque chose de précis?" familier qui me faisait immédiatement reposer tous mes articles dans un accès de fureur, et sortir outrée du magasin. Pour qui me prenaient t'elles? Nous ne nous connaissions ni d'Eve ni d'Adam, et elle supposait à mon visage que je ne méritais pas le vouvoiement que pourtant ses supérieurs avaient bien du lui dire d'utiliser systématiquement avec le client.

  Il y a un an, les mères disaient à leurs enfants de remercier la jeune fille lorsque je leur tenais poliment la porte (sauf dans le métro bien sûr, où là elles les encourageaient vivement à marcher violement sur les pieds de la jeune fille. Implicitement, j'entends). Quand je me trouvais pour des raisons quelconques à l'intérieur d'un établissement scolaire, en me voyant passer les professeurs dans les couloirs me criaient que le cours de math des troisièmes avait commencé depuis une demi heure et que je ferais bien de me dépêcher si je ne voulais pas avoir un mot sur mon carnet.

  J'avais pourtant chez moi tout un tas de papier qui prouvaient qu'officiellement, j'étais une adulte, avec une vraie carte de sécu, et d'électeur, et même bancaire d'abord. Je le méritais ce putain de "vous" qui devait enfin faire éclater à la face du monde que je n'étais plus une gamine acnéique, que j'avais passé avec brio la période pourrie de l'adolescence, que j'y avais survécu en gardant la tête hors de l'eau et que plus personne ne pourrait me regarder de haut en profitant arbitrairement de la longueur d'avance que lui conférait mon age. Mais ça n'a rien changé, mon physique et ma façon d'être jouant sûrement en ma défaveur, les papiers officiels ont eu beau faire, je suis restée la gentille jeune fille qu'on tutoie parce qu'elle est inoffensive, inconsistante.

 

  Et puis aujourd'hui, dans une salle d'attente, alors que j'étais plongée dans la lecture d'un livre incompréhensible, la personne en face de moi m'a tirée de mes réflexions d'un "excusez moi madame, est ce que je peux vous demander un renseignement?". Surprise, j'ai répondu, puis réfléchis. Et je me suis rappelé qu'il y a une semaine, alors que j'entrais dans une boutique avec un ami, la vendeuse nous a salué d'un "messieurs dames" sérieux et, oserais je dire, respectueux. Le genre de "messieurs dames" que l'on lance à un couple dont l'on décèle à prime abord le pouvoir d'achat, et qui rentre alors immédiatement dans la catégorie "vrai client" des petites cases prédéfinies dans la tête du vendeur avisé. Le premier critère à prendre en compte, c'est l'age qu'ils paraissent, bien évidemment.

  Je me suis souvenue qu'il y a un mois, un de mes anciens professeurs de collège rencontré par hasard m'a vouvoyée, ce qu'elle ne faisait évidemment pas lorsque j'étais son élève.  

  Je me suis souvenue qu'il y a 4 mois, le livreur de la poste m'a dit "veuillez signer là madame, s'il vous plait". Que le serveur du restaurant ma demandé d'entrer mon code de carte bancaire, "s'il vous plait madame". Que l'autre jour, dans une boutique alors que je tenais la porte, la mère a demandé à son enfant de remercier la dame. Je suis devenue madame.

  Mais il y a un an, j'étais fiancée, mon premier enfant était programmé, je savais à quel métier je me destinais, mon acharnement aux études me garantissait la réussite, ma vie était toute tracée, bien droite, et mon destin clairement défini. J'étais une adulte, j'étais une Grande, et j'agitais à la gueule du monde ma personnalité marquée et récemment dépliée, fière d'avoir passé un cap et de savoir clairement ou j'allais. Aujourd'hui je regarde bêtement ce qui se présente devant moi sans trop savoir dans quelle voie m'engager, sans oser faire un pas, avancer de quelques millimètres, de peur de faire des erreurs et de tomber. J'ai abandonné avant de le construire le foyer que j'avais prévu, je délaisse mes études parce que je n'en vois plus le but. Toutes mes belles certitudes, mes fiertés, se sont cassées entre temps et je me sens toute petite.

  Alors aujourd'hui, quand j'entends quelqu'un dire "madame", je ne peux pas m'empêcher de me retourner pour regarder derrière moi.

  Je vous en prie, tutoyez moi.

Par Rosario Tijeras - Publié dans : rosario.tijeras
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Mercredi 20 décembre 2006

  Je vous épargne le premier article de présentation standard, de toutes façons, soyons honnêtes, quasiment personne ne le lit jamais. Si l'auteur du blog est inspiré, il est rapidement relégué en dernière page et les visiteurs lui préfèrent de loin les nouvelles publications ; et si l'auteur ne publie pas, ben heu… personne ne vient, quoi. 

  Et puis, ayant une fâcheuse tendance à créer des blogs dans un élan passionné, et à les laisser ensuite plafonner à 3 articles jusqu'à ce que moisissure s'en suive, je me demande si c'est bien la peine de vous ennuyer à me présenter… lol

Par Rosario Tijeras - Publié dans : rosario.tijeras
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